Sonorous Breathing

Performance, 15 – 20’, 2020, acoustic voice, trampoline, glitter dress.

Performance for one vocalist jumping on a trampoline, where the movement shapes the breath and the vocal sound. It is preferably performed in a dark space, illuminated by a few torches. Audience members described it as: “A moment of lightness and heaviness.” “Finding a language and distancing yourself from it again.” “Touching and strange at the same time.” “When you come into your pure element you have something masculine and feminine; primitive”.

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Review by Cédric Schönwald (FR):

J’ai trouvé très subtile la façon singulière que tu as de déconstruire la féminité, en tirant un fil ambigu et composite entre sophistication et bestialité, en passant de façon parfois brutale ou parfois progressive d’états que les conventions attribuent à la féminité à des états que les conventions attribuent à la masculinité. Ces allers-retours viennent constamment travailler les présupposés sur le genre en les troublant, en les violentant.
Pour cela, ton protocole se fonde sur un dispostif évoquant un double univers référentiel a priori antinomique : le sport (pratique du trampoline) et un “high art” (incarnation d’une cantatrice par la tenue vestimentaire et la performance vocale). Bien vite, c’est chacun de ses deux univers de référence qui se voit tout à la fois habité et rendu à son principe même, à une forme essentielle, habité par son principe même. Là encore, le trouble introduit est complexe : tu parviens à dénaturer l’art du chant (à la désentialiser) en le ramenant pourtant à une forme primitive qui fonde tous les chants : les sons profonds, les rythmes profonds qui procèdent du mouvement du corps et de la respiration. De la même manière, tu parviens  à dénaturer la pratique du trampoline (à la désentialiser) en la ramenant pourtant à la forme première qui est la base de cette pratique : le rebond régulier sur une surface rebondissante. De ce rebond, tu utilises à la fois la mécanique (qui semble convoquer, parmi d’autres, une lecture sexuelle de ta performance), mais aussi les effets produits sur ta performance par la tension endurance/épuisement, ainsi que ce que ce rebond et les états psychiques que tu traverses permettent comme variations en termes gestuels, chorégraphiques.
Un moderniste verrait sans doute dans cette recherche du principe même du rebond ou du chant une recherche essentialisante, mais ce serait pour être immédiatement horripilé par le croisement de ces recherches, horrifié par cette contamination d’un art par une pratique sportive, a fortiori d’un art classiquement considéré comme noble avec une pratique sportive populaire au point d’être devenu le loisir de tous les jardins de pavillons. Sans compter que la danse entre elle même dans la danse de cette chimère mêlant déjà l’art noble et la pratique populaire muée en loisir. Croisement des arts bien peu moderniste, contamination de l’art et de la vie bien peu modernistes. Voici donc une cantatrice montée sur des ressorts qui éjecte de ses entrailles des sons tantôt stridents, tantôt rauques et tous les intermédiaires entre ces excès, en variation d’intensité, visitant tour à tour le tragique, le banal et le grotesque. J’ai adoré voir performer cette cantatrice au trampoline queer !

 

Presented at Ootje Festival, Rotterdam, and INACT Festival des arts mutants, Strasbourg, 2020.

Photo by Gabriëlle Barros Martins.
Photo by Gabriëlle Barros Martins.